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"Le luth n'est pas mon grand-père !"
- S'écrie la guitare, en colère.
"Et tu sais, j'en ai ma claque
De toujours jouer ces suites de Bach !" 

La guitare, on le savait, n'est pas toujours d'humeur facile. Et rien ne la fait plus sortir de ses gonds que de lire dans la presse un de ses jeunes virtuoses étaler son ignorance en déclarant, par exemple, que "J.S. Bach, lui, s'intéressait au luth. S'il avait connu la guitare, il aurait certainement écrit pour elle, car c'est l'évolution du luth" Ou bien d'entendre cette présentatrice de France-Musique qui, répétant ce qu'elle lit dans la presse sans en vérifier le bien-fondé, informe ses auditeurs que "le luth a été remplacé par la guitare et le piano"...

Un rapide coup d'oeil au tableau chronologique vous aura vite convaincu, au besoin, que la guitare n'a pratiquement rien en commun avec le luth de l'époque de Bach - si ce n'est un manche, une caisse de résonnance, et des cordes - et qu'elle ne l'a pas remplacé : aussi merveilleux qu'il fut, le luth est tombé en désuétude parcequ'il était devenu impropre à exprimer les tendances musicales nouvelles.
"Lucs et quinternes" (luths et guitares) co-existaient déjà bien avant les années 1500 (1) Mais, à partir du XVIème siècle, les textes et l'iconographie -renforcés par la présence de musique ayant survécue - corroborent ces existences parallèles. Le tableau chrologique montre, pour le XVIème siècle et pour l'époque "baroque", la situation des principaux instruments à cordes pincées (2) : nombre de rangs de cordes (ou choeurs), accords, publications, lien vers des représentations..
Bien sûr, nous sommes resté dans les grandes lignes, sans prendre en compte les nombreuses variantes que l'on peut trouver au niveau des accords, des doublures des choeurs, des différentes tailles d'instruments donnant des notes à vide plus graves ou plus aigues que celles habituellement prises comme base. Ce tableau est un guide élémentaire - certes précieux pour qui aborde le sujet nouvellement - mais qui ne saurait remplacer la lecture d'ouvrages exhaustifs tels "The Early Guitar" de James Tyler (nouvelle version à paraitre), "The Chitarrone" de Kevin Mason, ou encore les 600 pages de la thèse de François Dry sur les Vihuelistes...

(1) On le voit déjà dans les cantigas de Sancta-Maria (XIIIème siècle)
(2) Il y en avait d'autres, quoique moins répandus : le Cistre, la Mandore, la Pandore, l'Angélique, le Colascione, la Guitare théorbée, the English Guitar...

Gérard Rebours