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Les mots d'Emilio PUJOL
guitariste, compositeur et pédagogue catalan
1886 - 1980


Ayant eu le bonheur de participer aux trois derniers cours d'été donnés À Cervera par l'infatigable et passionné Maestro, j'y ai relevé plusieurs de ces phrase-clés qu'il savait prononcer pour résumer sa pensée et pour orienter celle de l'étudiant assis face à lui.

J'en ai "prêté" quelques-unes au "Livre de Guitare" de Pierre Bensusan, aux "Cahiers de la Guitare", et je m'aperçois qu'on les retrouve maintenant éparpillées dans d'autres publications, livrets de CD, et sites internet où l'on pose parfois la question : « mais d'où viennent ces citations ? »
Aussi je les regroupe toutes ici, comme je les ai entendues prononcées par Emilio PUJOL :


"La vitesse est l'ennemie de l'émotion"

"Les doigts doivent aimer les cordes et s'en séparer le moins possible dans les déplacements.
Ils doivent rester bras-dessus bras-dessous"

"Travaillez lentement, et méditez sur chaque note"

"Apprenez à étudier : celui qui sait étudier peut arriver à concentrer rapidement la technique en peu de choses,
car il va à l'essentiel"

"Tout guitariste devrait lire Virgile, Platon, Racine"

"El alma de la vibración y la vibración del alma son en la caja de la guitarra, y cada nota es una flechita de amor"
("L'âme de la vibration, et la vibration de l'âme résident dans le corps de la guitare, et chaque note est une petite flêche d'amour")

"On trouve tout cela dans la musique : la beauté d'une fleur, d'un soupir ; quand on sait apprécier le murmure du feuillage on peut comprendre tout ce qui se passe derrière l'écriture musicale et le transmettre aux autres, leur transmettre notre bonheur."

"Pour interpréter une oeuvre, il faut être persuadé qu'on le fait bien, et essayer de se rapprocher le plus possible de l'esprit du compositeur"

"Je vais faire de vous un Sanziste"

"Chacun d'entre nous a sa propre "Puerta del Sol" mais en est constamment dévié, ne peut jamais vraiment l'atteindre"

"Il y a un vibrato qui se produit sans bouger le doigt : c'est la vibration de l'âme de celui qui ressent profondément ce qu'il joue"



Autres photos d'Emilio Pujol
Vues de Cervera, en diaporama
(12 images, un peu de patience pour le téléchargement...)


Le texte qui suit - extrait des Cahiers de la Guitare N° 19 (1986) - est à la fois un hommage personnel à Emilio Pujol et une introduction à la composition que je lui avais dédiée et jouée
(voir et télécharger la musique à la page "Compositions" de ce site)

Il y a des gens qui regardent droit, et en même temps plutôt vers le haut, à moins que ce ne soit leur attitude envers les autres dimensions de la vie que l'on appelle ici regard, présence éthique, marque spirituelle de ceux qui ont compris, ou qui ont toujours su que la seule chose à faire était d'améliorer, de développer, d'ériger au sein de leur zone d'influence.

Emilio Pujol était de ceux-là ; pour n'en donner qu'un exemple, je voudrais l'évoquer tel que je l'ai connu, prodiguant son enseignement lors des trois derniers cours d'été de Cervera. Des instrumentistes de tous niveaux et d'esthétiques diverses s'y présentaient, et le maître espagnol avait le don de mettre en valeur les qualités de chacun, de les stimuler, de les encourager vers un plus grand épanouissement. Des conseils techniques, rarement ; ses ouvrages étaient faits pour cela. Mais des phrases, des sons, des métaphores, des gestes qui atteignaient leur cible au coeur de l'imaginaire, du conceptuel, des véritables moteurs de la réalisation concrète. Ses critiques, ses remarques sévères, je les chercherais en vain : les défauts, les imperfections ne semblaient lui apparaître que comme des choses appelées à disparaître par le processus inévitable du perfectionnement...

Et comme tous ceux dont la grandeur n'est en rien factice, il était à la fois étonné et ému qu'on lui rende hommage, ne serait-ce que par une modeste page de musique comme cette harmonisation sur « De Grand Matin, dans laquelle j'avais essayé de faire vibrer quelques harmoniques de ses affections musicales profondes : les mélodies populaires, leur expression sur une seule corde, et la stricte polyphonie.

"De grand matin me suis levé..."

Il n'est pas rare que les pièces populaires et anonymes se présentent sous plusieurs versions . Ainsi les 4èmes et 5èmes notes de « Greensleeves » font-elles parfois une- seconde mineure, et parfois une seconde majeure. Ainsi la version de De Grand Matin sur laquelle je me suis basé diffère-t-elle sensiblement de celle du Padre Donostia, (Cahiers de la Guitare, n° 14,p. 25) ne serait-ce que par son titre.
La présentation de la mélodie peut être jouée presque uniquement sur la 4ème corde, solution riche en ressources expressives, mais aussi en pièges de toutes sortes : bruits, coupures, accentuation erronée... Il n'est pas inconcevable de modifier ce doigté. L'utilisation des « campanelles », par exemple, peut être aussi d'un très bel effet. Quant à la partie harmonisée, elle est doigtée de façon à permettre l'indispensable conduite de chaque voix en évitant au maximum les positions « fermées » à la sonorité voilée, (comme les barrés dans la seconde moitié du manche).
On rencontrera quelques extensions de main gauche un peu ardues, mais qu'une main bien placée réussira sans peine.

Un dernier conseil: ne jamais perdre la continuité de cette belle mélodie malgré les tensions musicales (et digitales) de son harmonisation. (voir et télécharger la musique à la page "Compositions" de ce site)

Gérard Rebours, 1986. Extrait des Cahiers de la Guitare N° 19, avec l'aimable autorisation de l'éditeur.